Observatoire Jeunes et Société INRS-UCS
GAUTHIER, Madeleine, "Pourquoi partir? Études des migrations internes des jeunes québécois", Réseau, Le magazine de l’Université du Québec, octobre, vol. 30, no 2, 1998, p. 14-19.

Au moment d'entreprendre notre étude, le déficit démographique de certains groupes d'âge, les 15-24 ans en particulier, avait de quoi alarmer. Il donnait à penser que les régions se vidaient de leur jeunesse et pourraient connaître rapidement un vieillissement de leur population. Sans renoncer totalement à cette lecture, notre équipe de recherche a vite réalisé que le départ des régions n'était pas irréversible, que toutes les régions n'étaient pas touchées de la même manière, et que même des régions que l'on considère comme centrales connaissaient aussi le phénomène migratoire. Ainsi, le taux de migration des 25-29 ans, soit des jeunes qui avaient 15-19 ans en 1981 ou en 1986, était pratiquement aussi négatif en 1991 et en 1996 dans une région comme les Cantons de l'Est qu'en Abitibi-Témiscamingue (Tremblay dans Gauthier, dir., 1997 : 54). Voilà pourquoi nous préférons parler de "migration interne" plutôt que d'"exode" des jeunes.

Des motivations et des intérêts variés

Si la question de l'occupation du territoire intéressait plus particulièrement les chercheurs des universités régionales, celle de l'insertion sociale et professionnelle des jeunes migrants dans les capitales régionales et les grands centres urbains préoccupait tout autant les autres membres de l'équipe. Au fil des échanges sous forme de séminaires, il est apparu évident que deux problématiques différentes nous réunissaient, soit l'occupation du territoire et l'insertion sociale et professionnelle des jeunes, c'est-à-dire les deux pôles de la trajectoire migratoire. Les motifs de départ, les stratégies et l'intégration des jeunes au terme de leur trajectoire migratoire devenaient donc des dimensions complémentaires d'une recherche qui, au démarrage, aurait pu se limiter aux motifs de migration.

Ces diverses caractéristiques de la migration ont tellement varié au fil du temps que le travail de reconnaissance est toujours à refaire. Au cours de ce premier travail d'exploration et, principalement, en examinant l'insertion sociale des jeunes, nous nous sommes rendu compte que les facteurs structurant la migration débordaient amplement le seul rapport à un ou des lieux, ou même à l'espace régional. C'est à ce titre que la poursuite des travaux sur la migration ramenait à la question régionale, mais, cette fois, sous un angle inédit, celui des nouveaux rapports à l'espace, que les univers de référence des jeunes mettaient en lumière.

C'est aussi en constatant le nombre important de jeunes précaires, qui vivent seuls en milieu urbain, que l'idée nous est venue d'examiner la question de la migration des jeunes. Le plus fort contingent de jeunes sous le seuil de faible revenu dans les grands centres se trouve chez ceux qui vivent seuls (Conseil national du bien-être social, 1995). Dans un contexte d'intermittence entre deux emplois ­ contrats de courte durée, périodes fréquentes de chômage, faible rémunération, etc. ­, la proximité des relations d'aide prend toute son importance. Depuis les années 80, l'augmentation de la proportion des moins de 30 ans qui continuent de vivre avec la famille d'origine ou qui y retournent constitue un indice de l'à-propos ou de l'importance du maintien du lien. Il est difficile de savoir combien de jeunes précaires sont issus de la migration, puisque les données administratives ne permettent pas de connaître cette caractéristique. Une enquête par entrevues (60), effectuée à Montréal et à Québec en 1995 et 1996 sous le titre "Les jeunes qui vivent seuls sous le seuil de faible revenu en milieu urbain", et subventionnée par le Conseil québécois de la recherche sociale, a cependant permis de constater, sans que cela n'ait été prévu dans la constitution de l'échantillon, que près de la moitié des jeunes interviewés étaient éloignés de leur milieu d'origine. La migration, dans ces cas, pose la question de l'intégration sociale au milieu d'arrivée. Celle-ci a rarement été abordée en Occident, mais des travaux sur d'autres sociétés mettent en évidence l'inadéquation des structures d'accueil traditionnelles dans les grands centres.

L'état des connaissances

Au terme d'une première étape, nous avons décidé d'en publier les principaux éléments dans un volume intitulé Pourquoi partir ? La migration des jeunes d'hier et d'aujourd'hui (IQRC-PUL, 1997). Les résultats de nos lectures et de nos réflexions s'étendent à partir de l'histoire des migrations au Québec au XIXe siècle, jusqu'à l'exposé des théories sociologiques qui expliquent l'attrait de la ville. Ce bilan des travaux multiplie les constats et les questions entourant la migration actuelle et la recherche de solutions pour attirer ou retenir les jeunes en régions. Notre intérêt ne pouvait passer sous silence une possible intégration du migrant dans les grands centres. Nous nous sommes de plus arrêtés aux tensions qui sont au coeur de la migration. Ainsi, nous avons soulevé l'hypothèse que le premier motif de départ exprimé par les jeunes puisse être la poursuite des études dans le contexte actuel de promotion de la scolarisation. Il en a été de même des aspirations à l'autonomie, à une époque où les moyens de transport et de communication posent de moins en moins de limites aux déplacements. Nous sommes allés jusqu'à nous demander s'il pouvait encore exister, dans ce monde ouvert, ce qu'on pourrait nommer "un sentiment d'appartenance".

La programmation de recherche

La problématique construite au fil de nos lectures a conduit à la préparation d'une recherche visant la connaissance des trajectoires de migration des jeunes d'aujourd'hui et de leur rapport à l'espace. Pour ce faire, nous avons adopté une définition opérationnelle de la migration : toute personne qui, après l'âge de 15 ans, a déménagé d'une région à une autre ou d'une localité périphérique à un centre de plus grande densité. Nous avons tenté d'appliquer de manière intégrale la méthode de la "théorie ancrée", c'est-à-dire qu'après avoir fait l'inventaire des connaissances existantes, nous avons voulu nous pénétrer de la réalité migratoire en rencontrant des jeunes qui en avaient l'expérience. Une deuxième étape consistera à la vérification des observations et des hypothèses qui s'en dégagent auprès d'un échantillon aléatoire. Enfin, nous espérons, à partir de ces diverses connaissances théoriques et empiriques, pousser plus loin la question du rapport des jeunes à l'espace, au moment de la période de la socialisation et de la transition vers les marqueurs de l'autonomie qui caractérisent l'âge adulte.

Les 67 entrevues prévues auprès des migrants et les 35 autres auprès de ceux que nous hésitons à nommer les "non-migrants" ­ puisque rares sont les jeunes qui n'ont pas vécu une expérience de sortie de la région ou de leur localité d'origine ­, ont été réalisées. Nous avons privilégié la population la plus nombreuse à migrer, soit les 17-29 ans, subdivisée en trois sous-groupes (17-19, 22-24, 27-29). Nous avons porté une attention particulière, parce que des études antérieures nous y invitaient, à certaines caractéristiques sociodémographiques des jeunes que nous voulions interroger : le sexe, la région administrative d'appartenance, l'origine sociale, la distance du lieu d'origine, le temps écoulé depuis le premier départ et le type d'activité ( travail, études ou chômage).

Nos entrevues ont été codifiées et l'analyse est amorcée en prenant comme base les thèmes de l'enquête. Nous avons d'abord dégagé les étapes de la migration que l'on peut nommer "trajectoire" : lieux avant le départ, motifs de départ, conditions entourant la séparation d'avec la famille, intégration au lieu d'accueil en tenant compte de la durée de cette intégration et des moyens personnels, relationnels et institutionnels utilisés à cette fin et, enfin, les diverses manifestations de l'autonomie. Nous nous sommes ensuite interrogés sur les caractéristiques de l'univers du migrant : représentation des divers lieux habités ou projetés, sentiment d'appartenance, évaluation de l'idée de partir et des conditions trouvées à l'arrivée, projets, etc. Enfin, les représentations de l'avenir de la région d'origine ont particulièrement retenu notre attention.

Pendant que se poursuit l'analyse des entrevues, dont les résultats devraient être publiés sous forme d'articles, une deuxième phase de la recherche auprès des jeunes est en préparation, soit une enquête quantitative sur l'ensemble de la population. L'analyse des entrevues est indispensable à la préparation du questionnaire, puisque le but poursuivi consiste à donner un poids statistique aux données recueillies lors des entrevues. Ce sondage se fait cet automne auprès d'un échantillon représentatif de jeunes Québécois jusqu'à 35 ans, de façon à pouvoir observer l'aboutissement de la trajectoire dans sa période de stabilisation. Celle-ci se réalise lorsqu'on observe les données démographiques, autour de la trentaine. La définition de la migration que nous avons utilisée pour l'enquête qualitative n'excluait aucun type de déplacement dans l'espace. Dans le cas de l'enquête quantitative, elle sera plus restrictive. Elle se définira ainsi : toute personne qui, après avoir quitté le domicile de ses parents, aura déménagé d'une région à une autre. Nous interrogerons aussi des jeunes qui n'ont pas migré. Cette façon de procéder nous permettra de conserver la signification statistique des données recueillies (échantillon suffisant pour chacune des régions). Nous comptons rejoindre par téléphone 2 000 jeunes répartis dans tout le Québec. Un échantillon supplémentaire permettra de connaître plus en profondeur les principales régions qui sont en déficit migratoire.

Après une analyse minutieuse des résultats de cette enquête qui, dans ses deux phases, nous aura fait connaître le point de vue de l'acteur et sa trajectoire migratoire, nous rechercherons, à partir de la compilation de données régionales, quels pourraient être les facteurs structurants pouvant ajouter à la compréhension du phénomène. Nous comparerons certaines variables comme le contexte institutionnel, économique et culturel et les interventions locales de quelques régions du Québec sur une séquence temporelle qui devrait couvrir les 25 dernières années. Cette période s'étendrait alors de l'enfance des jeunes que nous aurons interrogés jusqu'à aujourd'hui, tant dans des régions où le flux migratoire est positif que dans celles où il est négatif. Parmi les facteurs structurants, il faudra sans doute retenir les programmes gouvernementaux et les mesures orientées vers l'attraction ou la rétention des jeunes en régions et les moyens d'intégration dans les centres de moyenne et de grande densité. Une quête d'information est déjà en cours à ce sujet. Elle s'étendra, dans un effort de comparaison, aux autres provinces canadiennes et aux pays de l'OCDE. S'y ajouteront des données recueillies dans chacune des régions. Ces informations seront confrontées à la réalité décrite par les jeunes au cours de l'enquête. Pour n'en donner qu'un exemple, si les jeunes parlent du logement dans les entrevues, nous nous intéresserons aux politiques de logement pour les jeunes dans les régions (Molgat, 1997).

Des enquêtes auprès de sous-groupes particuliers de migrants se présentent en corollaire du projet principal, en vue d'une approche comparative qui fera ressortir les particularités de chacun. Ainsi, un projet de recherche auprès de jeunes migrants de milieu rural, mais issus de l'immigration (deuxième génération), est en cours, sous la direction de Myriam Simard, de l'INRS-Culture et Société. Ce projet est effectué selon des paramètres semblables à ceux de l'enquête principale, en vue de la comparaison.

Un nouveau type de rapport à l'espace

On aura compris que notre cadre théorique met en jeu divers types d'explication qui tiennent tour à tour compte des éléments structurants qui entourent la migration, dont le type de rapport à l'espace qui caractérise le système actuel des relations sociales et du rôle de l'acteur dans ce cas. Parce qu'il s'agit ici de jeunes, ces divers éléments ressortiront de l'examen du contexte particulier qui entoure aujourd'hui le passage à l'âge adulte ou la quête de l'autonomie sociale, professionnelle et résidentielle.

Parce que le XXe siècle est marqué par le changement dans les rapports qu'entretient l'individu avec l'espace, d'abord sous l'effet de l'industrialisation et de l'urbanisation, puis sous celui des moyens de transport et, finalement, des communications électroniques, nous ne pouvions, au niveau sociohistorique, nous contenter d'un type d'explication qui aurait réduit les motifs du migrant à ceux du chasseur-cueilleur, comme le véhicule souvent l'opinion populaire : partir pour assurer sa subsistance. Déjà, les fondateurs de la sociologie au XIXe siècle et au début du XXe siècle avaient recherché d'autres explications au départ vers les milieux de plus grande densité humaine : division du travail (Durkheim), rapports producteurs-consommateurs dans le contexte du capitalisme (Weber), autonomisation de l'individu moderne (Simmel). En regard des particularités de la société actuelle, Giddens dira qu'elle se caractérise par la délocalisation des systèmes sociaux, entendant par là l'extraction de relations sociales des contextes locaux d'interaction, puis leur restructuration dans des champs spatiotemporels indéfinis (1994 : 29-30). Cette conception de l'espace nous évite de réduire la question de la migration à la relation à un lieu, que ce soit celui du départ ou celui de l'arrivée. Le site n'est plus seulement structuré par ce qui est présent sur scène ; la forme visible de la scène dissimule les relations à distance qui déterminent sa nature (Id. : 27). Harvey et Fortin vont même jusqu'à parler de relations déterritorialisées (1995 : 16) dans les activités culturelles qu'ils observent, à cause de l'ouverture des frontières et des communications de masse. La migration prendrait son sens dans ce nouveau type de rapport à l'espace.

Pour en mesurer le sens, nous nous sommes aussi inspirés des théories qui tiennent compte des stratégies de l'acteur en relation avec le contexte dans lequel il se trouve. En utilisant le vocabulaire de Giddens, il s'agit ici de "'analyse des conduites stratégiques ", c'est-à-dire celle des " modes selon lesquels les acteurs font usage des propriétés structurelles dans la constitution des rapports sociaux " (1987 : 351). Dans cette perspective, connaître le migrant suppose qu'on s'intéresse au sens de son action. Il convient cependant de le resituer dans un contexte comportant à la fois la condition et le résultat, si l'on tient compte de la dualité du structurel selon cette théorie (Id. : 15). L'action du migrant est conditionnée par les lieux qu'il quitte et ceux vers lesquels il se dirige ou s'installe, mais le sens qu'il donne à son action intervient à son tour sur les nouveaux liens qu'il tisse et sur ceux qu'il quitte, comme sur les demandes nouvelles qu'il crée par son action. Le sens de son action s'inscrit dans les motivations, dans son plus ou moins grand sentiment d'appartenance à son milieu d'origine, dans les représentations des lieux qu'il quitte ou de ceux qu'il convoite ou qu'il découvre.

L'orientation du migrant se remarque aussi dans la compréhension et l'usage qu'il fait des règles du jeu dans le contexte de la migration (motifs socialement acceptables, rupture plus ou moins importante des liens, etc.) et des &laqno; ressources " dont il dispose (place des institutions, conditions à l'arrivée, etc.) pour les assumer ou les contourner (Giddens, 1987 : 74). Cette interaction entre le migrant, les institutions et les individus qui se trouvent sur son passage s'inscrit sur une séquence temporelle que l'on peut nommer "trajectoire". Dans le contexte de ces théories qui tiennent compte de l'acteur et du structurel, la migration représente un acte intentionnel, certes, mais qui comporte aussi des effets inattendus ­ à cause de l'interaction que nous tenterons d'observer dans le cadre de l'intégration sociale du migrant.

Le troisième mode d'explication a trait au passage des jeunes à l'autonomie de la vie adulte. Le contexte actuel favorise les individus qui peuvent reporter le moment de l'accession à l'autonomie complète, contrairement à ce qui a pu prévaloir jusqu'au début de ce siècle, où &laqno; gagner sa vie le plus tôt possible " constituait le comportement attendu (Kett, 1977 ; Galland, 1993). La relation qui existe entre l'obtention d'un emploi et la formation professionnelle contribue à valoriser la poursuite des études et la multiplication des expériences de travail, ce qui n'est pas sans liens avec le report de l'installation stable et, en corollaire, avec la question migratoire vécue sous forme d'expérimentation de nouveaux modes de vie.

Une vision nouvelle sur la migration des jeunes

Notre projet, nous l'espérons, contribuera de deux manières à l'avancement des connaissances. Il fournira des données factuelles sur la migration des jeunes, qui s'ajouteront aux données statistiques et géographiques que nous possédons déjà, en y joignant les dimensions sociales et culturelles du phénomène. Un retour sur l'histoire des migrations montre que la mise à jour des motifs de migration et des trajectoires jusqu'à l'insertion est toujours à refaire, le rapport à l'espace s'étant modifié tout au long du siècle. Ces résultats alimenteront la mise en rapport des trois paradigmes que nous avons développés dans le cadre théorique, à savoir : le rapport à l'espace, les stratégies de l'acteur dans ce rapport et, enfin, les stratégies particulières des jeunes au moment de leur insertion sociale, professionnelle et résidentielle. Cet effort d'intégration permettra de mieux comprendre la relation que les jeunes entretiennent avec leur région d'origine, et la vie régionale d'une manière plus générale. Il apportera, en même temps, une certaine compréhension des conditions favorisant ou défavorisant le retour ou l'insertion des jeunes dans les régions.

Ces résultats fourniront un éclairage nouveau aux intervenants intéressés au développement régional, en montrant la multiplicité des motifs de départ et des trajectoires, leur réversibilité, ainsi que le sens que prend l'espace pour les jeunes d'aujourd'hui. Les résultats de la recherche mettront aussi en évidence diverses facettes de l'insertion des jeunes dans leur milieu, et les difficultés qui se présentent alors. Ils feront ressortir, en particulier, les facteurs structurels qui favorisent ou défavorisent cette insertion, que ce soit sur le marché du travail et résidentiel ou sur les services personnels et collectifs.

BIBLIOGRAPHIE

GALLAND, Olivier. Sociologie de la jeunesse : l'entrée dans la vie, Paris, A. Colin, 1991, 231 pages.

GAUTHIER, Madeleine, dir. Pourquoi partir ? La migration des jeunes d'hier et d'aujourd'hui, Sainte-Foy, PUL-IQRC, 1997, 315 pages.

GIDDENS, Anthony. Les conséquences de la modernité, Paris, L'Harmattan, 1994, 192 pages.

GIDDENS, Anthony. La constitution de la société, Paris, PUF, 474 pages (traduit de l'anglais, 1re édition, 1984).

HARVEY, Fernand et Andrée FORTIN, dir. La nouvelle culture régionale, Québec, IQRC, 1995, 255 pages.

KETT, J. F. Rites of Passage. Adolescence in America. 1790 to the Present, New York, 1977.

MOLGAT, Marc. La précarisation de la situation résidentielle des jeunes au Québec, Gouvernement du Québec, Société d'habitation du Québec, 118 pages (rapport de recherche).

ROULLEAU-BERGER, Laurence. La ville intervalle : jeunes entre centre et banlieue, Paris, Méridiens Klincksieck, 1991.