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BELLOT, Céline, « Les jeunes de la rue : disparition ou retour des enjeux de classe? », Lien social et Politiques. Des sociétés sans classes, no 49, printemps 2003, p. 173-182. Thèmes : jeunes de la rue, pauvreté, insertion résidentielle, itinérance, jeunes marginaux, Montréal, Québec. Résumé Ce texte présente les résultats d'une recherche ethnographique qui examine dans quelle mesure les clivages sociaux que vivent les jeunes de la rue se fondent encore ou non sur des enjeux de classe. L'auteure étudie les trajectoires des jeunes de la rue afin de voir comment la notion de classe sociale aide à saisir la structuration de l'expérience de ces jeunes. Son analyse, menée du printemps 1996 au printemps 1998, est basée sur l'observation participante et les récits de vie d'une centaine de jeunes de la rue qui fréquentent le centre-ville de Montréal. Des entretiens biographiques ont également été réalisés auprès de 22 jeunes, dont l'âge moyen est de 20 ans et la durée de l'expérience dans la rue d'un mois à quatre ans. L'auteure identifie quatre groupes de jeunes, suivant les types d'éloignement du milieu d'origine et les types de passage à la rue. Les jeunes du premier groupe proviennent d'un milieu défavorisé et ont connu différentes difficultés dans leur vie (décrochage scolaire, prise en charge institutionnelle, pauvreté, difficultés relationnelles avec les parents) qui ont entraîné un processus de fragilisation sociale. Ces jeunes sont les plus démunis lors de leur passage à la rue, qui se fait beaucoup plus brusquement que chez les autres jeunes, étant donné qu'ils doivent accéder rapidement à l'autonomie. La deuxième forme de passage brutal à la rue touche davantage les jeunes sans emploi qui doivent partir de chez eux afin que leurs parents retrouvent leurs entières prestations d'aide sociale lorsqu'ils atteignent l'âge de la majorité. Le troisième groupe concerne les jeunes issus des classes moyennes ou favorisées, dont le passage à la rue se fait de façon plus progressive. Animés par une volonté d'autonomie et d'émancipation, l'expérience de la rue s'apparente pour eux à un rite de passage. Enfin, certains jeunes issus de classes favorisées, voire très favorisées, veulent manifester à travers leur passage dans la rue une marginalité revendiquée et politisée. Refusant les valeurs capitalistes et libérales de leurs parents, ils retrouvent dans la rue un espace d'expression d'autres valeurs, comme la solidarité, l'entraide et l'écologie. « Ainsi, la diversité des milieux d'origine des jeunes de la rue de Montréal va de pair avec une différenciation des modes de passage à la rue » (p. 176). Néanmoins, tous se trouvent plongés dans une même dynamique de survie à travers leur expérience de la rue, adoptant les mêmes stratégies pour se débrouiller, même si l'urgence n'est pas la même. Les enjeux de classe exercent donc une moins grande influence durant la vie dans la rue. Cependant, d'autres catégories de différenciation sociale, comme le genre, sont plus présentes. En effet, « les jeunes filles utilisent des stratégies pour s'éloigner le plus longtemps possible des expériences extrêmes », alors que « chez les garçons, l'expérience de la survie varie davantage en raison de leur consommation de drogues, de leurs activités d'économie souterraine, de leur situation de santé » (p. 178). Les enjeux de classe reviennent néanmoins lorsque les jeunes sortent de la rue. Tandis que « les expériences de la rue les plus longues et les sorties les plus difficiles concernent majoritairement des jeunes des classes défavorisées (...), les jeunes issus de classes favorisées qui ont connu un passage progressif dans la rue vont vivre le processus de sortie avec le soutien de leurs parents » (p. 179). L'analyse des trajectoires permet donc à l'auteure de conclure que « les enjeux de classe éclairent partiellement les trajectoires des jeunes : ils sont présents à l'entrée et à la sortie de la rue, influençant la trajectoire du jeune dans la mesure où ils définissent le cadre des possibilités qui s'offrent à lui et des contraintes qu'il subit. Par contre, durant l'expérience de la rue, la dynamique de la survie amenuise l'importance des différenciations sociales pour faire ressortir d'autres enjeux comme celui du genre » (p. 180). Marie-Rose Sénéchal, 18 août 2003 |