PARAZELLI, Michel et Annamaria COLOMBO, « Les jeunes de la rue », dans Catherine Pugeault-Cicchelli, Vincenzo Cicchelli et Tariq Ragi (dir.), Ce que nous savons des jeunes, Presses Universitaires de France, Paris, 2004, p. 145-155.

Thèmes : groupe à risque, marginalités, construction identitaire, jeunes de la rue, théorie.

Résumé

Dans cet article, les auteurs examinent « la principale ligne de tension qui départage les recherches sociales sur les jeunes de la rue en présentant le jeune soit comme une victime passive subissant les aléas de sa situation d'exclusion, soit comme un acteur, un sujet doté d'une capacité réflexive dans la marge sociale » (p. 146).

Ainsi, les tenants de la première approche étudient les jeunes de la rue en tant que groupe à risque dans une perspective épidémiologique. L'intervention auprès de ces jeunes est orientée autour de la prévention, puisque ces derniers sont considérés comme des « victimes impuissantes auxquelles il s'agit d'éviter un destin dramatique en examinant essentiellement leurs problèmes de santé » (p. 146). L'approche fonctionnaliste considère également le jeune de la rue comme une victime; victime d'un environnement, d'une famille présentant de graves lacunes. Ces deux approchent ne croient pas que les jeunes de la rue peuvent jouer un rôle actif dans le choix de ce mode de vie puisqu'ils ne seraient que le produit de leur environnement.

Depuis quelques années, la perspective interactionniste tente d'appréhender « le jeune comme un sujet capable de développer des stratégies en fonction des informations dont il dispose et de sa capacité à les utiliser » (p. 149). Également, l'analyse des déclencheurs poussant un jeune à sortir de la rue « éclaire d'un jour nouveau la problématique de la vie de rue et de sa gestion en milieu urbain. La sortie de la rue renvoie à un processus dynamique reliant le mode de vie de la rue, considéré comme marginal, et un mode de vie plus conforme à l'ordre dominant. Elle doit en effet être considérée comme un véritable processus, au cours duquel le jeune parvient à un point où il se rend compte que le mode de vie de la rue n'est plus adéquat par rapport à ses attentes, ce qui l'amène à envisager une alternative à la rue » (p. 150-151).

Cette vision du processus de recomposition identitaire n'est cependant pas partagée par les autorités urbaines, qui depuis quelques années utilisent des moyens répressifs envers les jeunes de la rue pour libérer les espaces publics de leur occupation. « Les politiques de répression policière ne reconnaissant pas l'occupation de la rue comme un mode d'expression ou de socialisation, elles la réduisent à un désordre urbain. » (p. 151) D'où l'importance pour les chercheurs d'étudier le phénomène des jeunes de la rue en vue de saisir les enjeux en présence et pour être en mesure de se doter d'outils analytiques.

Véronique Duval-Martin, 11 août 2004