WALLEZ, Paul et Loïc AUBRÉE, « L’expérience de la rue chez les jeunes comme forme extrême d’urbanité », Espaces et sociétés, nº 120-121, 2005, p. 241-257.

Thèmes : sans-abri, jeunes de la rue, précarité, France.

Résumé

Cet article traite de la question de l’errance et une comparaison est effectuée entre un groupe de jeunes de la rue et un autre venant d’un milieu populaire et ayant accès à un logement. Les auteurs veulent vérifier l’hypothèse suggérant que « l’épreuve de la rue constitue l’étape temporaire à l’issue incertaine d’un processus social d’apprentissage qui déconstruit les rapports entre espace privé et espace public » (p. 242). Ils définissent l’espace privé comme un espace relationnel entre les parents, la fratrie et les ascendants ainsi qu’un espace résidentiel autour du logement familial. L’espace public fait référence aux espaces fonctionnels ouverts à tous les usagers (stations de métro, gares, parcs) et à d’autres lieux publics comme des édifices vides et des territoires délaissés en attente d’un usage ultérieur.

Des entretiens ont été menés auprès de 53 jeunes âgés entre 18 et 29 ans qui ont été interrogés sur le territoire de Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU) en France. Ces jeunes se divisent en deux groupes : 33 d’entre eux sont à la rue ou ont connu la rue et 20 ont un toit (hébergés dans un foyer de jeunes travailleurs ou dans une mission locale pour emploi). Ils précisent que ces deux groupes ont un point en commun au moment où ils entrent dans la vie puisqu’ils doivent affronter l’exclusion par le logement et/ou par le travail.

À partir de l’analyse des récits de vie, les chercheurs notent que la suppression de l’espace privé (par le détachement des jeunes de l’espace privé résidentiel) se traduit par l’errance, phénomène qui déconstruit la dialectique espace privé/espace public reposant sur un principe qui lie l’espace résidentiel et l’espace familial. L’errance produit alors une forme d’urbanité qualifiée d’extrême. De plus, ils constatent que l’appropriation de l’espace public de façon clandestine par le jeune de la rue favorise la dérive, d’où peut s’ensuivre la dépossession de l’espace public, par l’hôpital ou la prison. Ainsi, ils soulignent que « la perte du contrôle de l’environnement par l’errance provoque une dissociation permanente, une forme extrême d’urbanité écartelée entre sociabilité juvénile et espace public » (p. 255).

Simon Houle, 18 juillet 2006.