DUVAL, Luce, sous la direction de Madeleine Gauthier, Aspects économiques de la vie des jeunes familles biparentales. État de la question, Québec, INRS-Culture et Société, 1997, 122 pages.

Thèmes : familles biparentales, conditions économiques, revue des travaux

Objectif

Repérer, rassembler et présenter les travaux portant sur la situation économique des jeunes familles, formées de jeunes parents, du Québec et des pays industrialisés. Comment sont vécus les premiers pas dans la vie familiale autonome?

Résumé

Le bilan des travaux sur les aspects économiques de la vie des jeunes familles révèle que les jeunes familles ne sont pas en soi un objet d’étude. La première partie de cette revue des travaux décrit les aspects démographiques des jeunes familles et de leur situation économique. La deuxième partie traite de la situation familiale des jeunes Québécois et des jeunes de plusieurs pays occidentaux, en relation avec leurs conditions économiques. La troisième et dernière partie aborde la question des solidarités privée et publique.

Faits saillants

Les questions financières sont des considérations importantes dans la décision d’avoir ou non des enfants, mais pas dans la décision de vivre ou non en couple ; les jeunes adultes vivent majoritairement en couple. « L’union libre est particulièrement répandue chez les jeunes Québécois et pour bon nombre d’entre eux, c’est sous cette forme d’union que naîtra le premier enfant »(p. 95). La plupart des enfants naissent dans une famille biparentale et les mères sont majoritairement dans la vingtaine lors de leur première grossesse.

Les considérations d’ordre matériel ne permettent pas d’expliquer entièrement le report des engagements familiaux pour tous les jeunes. Les explications sont variées : élévation des aspirations scolaires, prolongement de la jeunesse, vision exigeante de la parentalité, difficulté de former un couple où les conjoints partagent des aspirations communes, instabilité des couples et valorisation du lien amoureux.

La précarité et la pauvreté des jeunes familles ne sont plus des phénomènes associés à la dynamique interne des cycles familiaux, mais à des conditions structurelles généralisées à l’ensemble des pays occidentaux.[...] Les jeunes familles d’aujourd’hui sont moins riches que celles des années 1970 [...]; le double revenu est  nécessaire pour maintenir un niveau de vie acceptable, ce qui n’était pas le cas il y a peine 20 ans. » (p. 95).

Les jeunes familles ne sont pas toutes semblables et n’éprouvent pas toutes des difficultés économiques. Un nombre non négligeable compose la classe moyenne et les familles des régions rurales s’en tirent généralement mieux que celles qui habitent à la ville.

Bien que les modèles traditionnels soient encore prégnants, l’investissement professionnel des jeunes femmes ne cesse de progresser, si bien que les représentations des rôles conjugaux de chaque conjoint se rapprochent : ils désirent tous deux participer aussi bien à la vie familiale que professionnelle. « Les femmes participent de plus en plus aux revenus du ménage et dans des proportions qui s’approchent de celles de leur conjoint. Les décisions égalitaires concernant la gestion et les dépenses sont étroitement liées à la participation des femmes au marché de l’emploi » (p. 96).

« L’analyse des solidarités familiales met à jour des phénomènes fort complexes. Les transferts financiers des parents à leurs enfants adultes comportent des effets inégalitaires. La solidarité entre générations ne peut donc représenter qu’une solution partielle à la précarité des jeunes familles, puisque les familles disposent de ressources inégalitaires et que les dons dépendent en grande partie de la qualité des relations entre parents »(p. 97).

L’état actuel des connaissances sur les jeunes familles indique que leurs perspectives d’avenir ne semblent plus aussi prometteuses que par le passé. Les possibilités de connaître la pauvreté et des conditions économiques précaires sont de plus en plus grandes. « La question de l’insécurité est probablement une variable tout aussi importante à retenir que celle des revenus; avoir des enfants est un projet de longue durée qui peut s’avérer difficilement réalisable lorsque le présent est constamment marqué par l’incertitude » (p. 98).

Recommandations

La plupart de travaux cités utilisent un corpus datant des années 1980. Des données récentes, tirées par exemple du dernier recensement canadien, doivent s’ajouter aux analyses existantes afin de bien comprendre les tendances actuelles qui affectent les conditions de vie des jeunes familles. Cette remarque vaut autant pour les études de type quantitatif que de type qualitatif.

Il y a peu de travaux sur les jeunes familles québécoises et la question des circuits financiers à l’intérieur de la famille demeure peu documentée. « Quelles sont les stratégies déployées pour boucler les fins de mois? Qui paie les comptes, les échéances, les biens pour la maisonnée et l’épicerie? Qui s’occupe de faire les courses? Est-ce que les jeunes conjoints conservent leur autonomie de dépenser après leur union? Il s’agit d’un aspect de l’organisation du ménage qui mériterait d’être approfondi » (p. 97).

De même, « la variable de l’âge, qui influence de nombreux aspects de la vie familiale, est trop souvent ignorée » (p. 98) dans les recherches. Avoir un enfant dans la vingtaine, à une période où l’insertion professionnelle est rarement achevée, n’a pas la même portée que d’avoir un enfant dans la trentaine et d’être bien inséré sur le marché de l’emploi. Les questions liées à la conciliation entre le travail et la famille sont de première importance. Pour les jeunes, l’insertion en emploi, l’accessibilité aux congés parentaux des travailleurs précaires et les difficultés financières sont tout autant prioritaires. De plus, il semble nécessaire de tenir compte d’un ensemble d’indicateurs économiques pour connaître le niveau de vie des jeunes familles.

« À l’intérieur des politiques familiales, la situation des jeunes familles constitue un aspect trop souvent ignoré. [...] Dans les réflexions sur les politiques familiales, les conditions et le point de vue des familles composées de jeunes parents doivent davantage être pris en compte. »(p. 98).