RENÉ, Jean-François, « Jeunes adultes et vie précaire : la place grandissante des ressources intermédiaires », Lien social et Politiques – RIAC, no 32, automne 1994, p. 151-161.

Thèmes : Jeunes et précarité, intégration sociale

Résumé

Se fondant sur un corpus d’une vingtaine de récits de vie de jeunes adultes québécois en situation de précarité socio-économique, cet article vise d’abord à montrer l’existence d’une certaine fragmentation dans la manière dont se constitue leur rapport avec les diverses ressources qui leur sont accessibles (formelles, intermédiaires, informelles). S’attardant plus particulièrement à trois figures de jeunes précaires, il fait également ressortir l’importance grandissante des ressources intermédiaires pour ces jeunes adultes. Une utilisation toutefois très variable, qui va du tremplin vers l’intégration à la gestion de la dépendance en passant, et ce pour un nombre croissant d’entre eux, par le seul espace de vie où il leur est possible de se faire « une place » autrement.

Faits saillants

« Comment se constitue, à l’intérieur d’une trajectoire où domine la précarité, le rapport entretenu avec les ressources disponibles en vue de satisfaire les besoins matériels, affectifs, de soutien, etc. ? » (p. 151).

Ces ressources prennent des formes différentes. D’un côté les ressources formelles : l’école, la protection de la jeunesse, la sécurité du revenu, etc. De l’autre, les ressources informelles : les réseaux d’entraide et de troc, les communautés alternatives, les liens affectifs, etc. Et entre les deux, nous retrouvons une troisième forme de ressources : les ressources semi-formelles ou « intermédiaires », comme la vie associative, les organismes sociaux et communautaires, les formes nouvelles d’entrepreunariat socio-économique, l’économie solidaire et les services de proximité. Ces ressources ne sont pas nouvelles : elles existent au Québec comme ailleurs depuis des décennies : la nouveauté, c’est leur nombre croissant et la place qu’elles occupent.

L’auteur a identifié trois figures d’intégration des jeunes en situation précaire :

  • Les figures de retrait : les jeunes qui refusent « officiellement » de participer à la société ou ceux qui veulent « [...] réduire au minimum toutes formes de dépendance, de liens avec le versant plus formel du social » (p. 152);  (5 jeunes du corpus)
  • L’intégration fonctionnelle : les jeunes pour qui « [...] le travail salarié représente toujours une valeur dominante, une aspiration centrale » (p. 153); (6 jeunes du corpus)
  • L’intégration non traditionnelle : les jeunes qui utilisent les ressources formelles mises à leur disposition pour dénicher des emplois temporaires ou acquérir une formation supplémentaire. (8 jeunes du corpus)

« S’il y a un lieu où les trois figures se rencontrent, c’est bien à l’intérieur de cet espace que constituent les ressources intermédiaires. C’est là qu’elles entrent véritablement en interaction. À ce titre, la figure de l’insertion non traditionnelle fait office de figure dominante... D’un côté, les jeunes qui gagnent leur vie à même les ressources intermédiaires sont généralement touchés par les valeurs post-matérielles qui traversent la société depuis les années soixante... Aujourd’hui, sans répudier toute valeur matérielle, ils sont à l’affût d’une vie qui lie les diverses dimensions de la personne (spiritualité, affectivité, sociabilités, conditions matérielles, etc.) » (p. 160). Or, les ressources pour les jeunes sont plutôt rattachées à l’intégration traditionnelle.

L’auteur se demande si, d’une certaine manière, les ressources intermédiaires n’ouvrent pas la porte à une nouvelle espace de gestion de l’exclusion.